Loi lettone sur les lanceurs d'alerte "Trauksmes celšanas likums"
La Lettonie protégeait les lanceurs d'alerte avant que l'Union européenne ne le lui demande. Sa Trauksmes celšanas likums est en vigueur depuis le 4 février 2022. Elle a remplacé une loi antérieure de 2018 et a transposé la directive européenne 2019/1937 en droit letton. Elle permet de signaler presque toute atteinte à l'intérêt public, oriente ces signalements vers un bureau de lutte contre la corruption et protège les personnes qui s'expriment.
Points clés
- La Lettonie a adopté une loi sur les lanceurs d'alerte dès 2018, des années avant que l'UE ne fixe une échéance.
- Vous pouvez signaler toute atteinte à l'intérêt public, pas seulement les violations du droit de l'UE.
- Les entreprises de 50 salariés ou plus doivent mettre en place un canal de signalement interne.
- L'identité d'un lanceur d'alerte est pseudonymisée, et la divulguer constitue une infraction pénale.
- Exercer des représailles contre un auteur de signalement peut coûter à une entreprise jusqu'à 14 000 euros.
Pourquoi la Lettonie a réécrit sa loi sur les lanceurs d'alerte en 2022
La Lettonie a fait figure de pionnière. Elle a adopté sa première loi sur les lanceurs d'alerte en 2018, avant même que la directive européenne 2019/1937 ne fixe une échéance. La loi de 2022 a remplacé cette première version. Elle conserve le même objectif : protéger les personnes qui signalent des manquements. Mais elle aligne la Lettonie sur les règles de l'UE et élargit les garanties.
La nouvelle loi est entrée en vigueur le 4 février 2022, le lendemain de sa parution au journal officiel. Elle intègre la directive européenne sur les lanceurs d'alerte, ainsi que les règles européennes ultérieures sur la criminalité environnementale et les violations de sanctions. Pour un employeur letton, c'est l'unique référence sur la manière de recevoir et de traiter un signalement.
Qui est considéré comme un lanceur d'alerte ?
Toute personne qui prend connaissance d'un manquement dans le cadre de son travail. La loi va bien au-delà du personnel salarié. Elle couvre les travailleurs indépendants, les bénévoles, les stagiaires, les membres du conseil d'administration et les actionnaires. Un candidat à un emploi est lui aussi protégé. Tout comme un ancien salarié qui effectue un signalement après son départ.
La protection s'étend également aux personnes de l'entourage de l'auteur du signalement. Un proche qui pourrait subir des conséquences à cause du signalement est couvert. Tout comme une personne liée, par exemple un collègue qui lui apporte son aide. La loi les protège contre les mêmes représailles qu'elle interdit à l'encontre de l'auteur du signalement.
Que peut-on signaler en vertu de la loi lettone ?
Presque tout ce qui porte atteinte à l'intérêt public. La loi lettone va plus loin que le socle minimal de l'UE. La directive couvre les violations du droit de l'UE dans des domaines déterminés. La Lettonie va plus loin. Elle permet de signaler toute violation portant atteinte à l'intérêt général, d'un délit à un manquement à la déontologie professionnelle.
La loi énumère 23 domaines à titre d'exemples. Les plus marquants sont notamment :
- la corruption et les violations des règles de financement des partis ;
- le gaspillage de fonds ou de biens publics ;
- la fraude fiscale ;
- les menaces pour la santé publique, la sécurité alimentaire ou la sécurité des bâtiments ;
- la sûreté environnementale et nucléaire ;
- les violations des droits humains ;
- la fraude dans les marchés publics ;
- le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme ;
- les atteintes à la protection des données et à la sécurité des réseaux ; et
- la fraude aux fonds de l'UE.
« Un lanceur d'alerte a le droit de donner l'alerte concernant toute violation portant atteinte à l'intérêt public. »
Article 3, loi sur les lanceurs d'alerte
Quelques cas échappent au dispositif. Les informations sciemment fausses ne sont pas prises en compte. Pas plus que la divulgation d'un secret d'État ou l'expression d'un grief purement personnel. Un différend avec votre supérieur au sujet de votre propre rémunération relève de la procédure ordinaire de réclamation, et non du canal de signalement.
Où un lanceur d'alerte peut-il signaler ?
Par l'une de trois voies. Un salarié peut utiliser le système interne de son employeur. Il peut s'adresser directement à une autorité compétente. Ou il peut se tourner vers le point de contact des lanceurs d'alerte, une association ou un syndicat. La divulgation publique, par exemple à la presse, n'est protégée que dans des cas limités.
Un signalement peut être écrit, transmis par voie électronique ou oral. La Lettonie facilite la voie numérique. Vous pouvez le déposer en ligne via le portail de l'État à l'adresse trauksmescelejs.lv, sans signature électronique sécurisée. Ou vous pouvez faire votre signalement par téléphone ou en personne. Le responsable le retranscrit ensuite pour que vous puissiez le vérifier et le signer.
La divulgation publique est le dernier recours. Elle est protégée dans quelques cas. Les voies internes ont échoué. Le manquement perdure sans correction. Ou il existe une menace urgente pour le public. Même alors, l'auteur du signalement doit s'abstenir de divulguer les informations que la loi maintient confidentielles.
Comment mettre en place le système de signalement interne ?
Si vous employez 50 personnes ou plus, vous devez en mettre un en place. Les organismes publics ont besoin d'un système quelle que soit leur taille. Les entreprises du secteur financier et de la lutte contre le blanchiment doivent en avoir un également, quel que soit leur effectif. Les entreprises de 50 à 249 salariés peuvent partager un système unique pour limiter les coûts.
« Les entités publiques, quel que soit le nombre de leurs salariés, et les personnes morales de droit privé comptant 50 salariés ou plus mettent en place un système de signalement interne. »
Article 5, loi sur les lanceurs d'alerte
Le système est assorti d'obligations strictes. Vous devez accuser réception d'un signalement dans un délai de 7 jours. Vous devez informer l'auteur du signalement de l'état d'avancement de l'affaire dans un délai de 2 mois. Une entreprise privée peut confier ce travail à un prestataire extérieur, plutôt que de construire l'ensemble du dispositif en interne.
WeMoral occupe la place de tiers que l'article 5 permet à une entreprise de désigner, ou bien votre propre personne responsable s'y connecte. La solution est conforme à la Trauksmes celšanas likums et se présente comme un logiciel de signalement chiffré et à accès restreint. Chaque signalement est pseudonymisé dès son arrivée, comme l'exige l'article 11, de sorte que seule la personne responsable que vous désignez sait qui l'a déposé. Ce dossier bénéficie du statut d'accès restreint, ce qui transforme une fuite en affaire pénale plutôt qu'en simple incident RH. Et lorsque le KNAB transmet une affaire à l'autorité compétente, c'est ce dossier scellé et horodaté que vous mobilisez.
Le KNAB, le point de contact des lanceurs d'alerte
La Lettonie offre aux lanceurs d'alerte un guichet d'aide national unique. Le point de contact est le KNAB, le Bureau de prévention et de lutte contre la corruption. Il gère le portail de l'État, conseille les personnes qui souhaitent signaler et transmet chaque signalement à l'autorité capable d'y donner suite.
Le KNAB fait plus qu'orienter les signalements. Il rédige des recommandations de bonnes pratiques et forme les personnes chargées de traiter les signalements. Il publie des statistiques annuelles que la Lettonie communique à la Commission européenne. Il peut aussi rendre un avis qui ouvre droit à une aide juridictionnelle prise en charge par l'État. Et il recueille les signalements pour lesquels aucune autre autorité n'est compétente.
De quelle protection bénéficient les lanceurs d'alerte ?
Une protection étendue. Dès qu'une personne effectue un signalement, la loi protège son identité, ses proches et toute personne qui l'a aidée. Elle interdit les représailles. Elle dégage l'auteur du signalement de toute responsabilité juridique. Et elle offre une aide juridictionnelle prise en charge par l'État. Ces droits s'appliquent aussi à une personne qui n'est reconnue que plus tard comme lanceur d'alerte.
L'identité passe avant tout. Une fois un signalement reconnu, la loi pseudonymise les données de l'auteur du signalement et verrouille le dossier sous statut d'accès restreint. Quiconque divulgue l'identité d'un lanceur d'alerte s'expose à des poursuites pénales en vertu de la loi pénale.
La loi interdit également une longue liste de représailles. Un employeur ne doit pas :
- licencier le salarié ou refuser de renouveler son contrat ;
- le muter ou modifier ses fonctions ;
- réduire sa rémunération, ses horaires ou son lieu de travail ;
- bloquer une promotion ou une formation ;
- lui adresser une évaluation négative ;
- porter atteinte à sa réputation ou révoquer une autorisation ;
- l'inscrire sur une liste noire dans tout le secteur ; ou
- le menacer, le harceler ou l'exclure.
Deux garanties supplémentaires font le gros du travail. La charge de la preuve est inversée. Si vous sanctionnez un salarié après son signalement, c'est à vous de prouver qu'il ne s'agissait pas de représailles. Et un auteur de signalement qui respecte la loi est dégagé de toute responsabilité civile et pénale au titre de l'alerte donnée.
« Un lanceur d'alerte [...] n'encourt aucune responsabilité juridique, y compris civile et pénale, pour avoir donné l'alerte conformément aux exigences de la présente loi. »
Article 15, loi sur les lanceurs d'alerte
En outre, l'État prend en charge un avocat, quels que soient les revenus de l'auteur du signalement, et le dispense des frais de justice. Les mêmes protections s'étendent aux proches et à toute personne ayant soutenu le signalement.
Quelles sont les sanctions ?
La Lettonie sanctionne ceux qui exercent des représailles contre un auteur de signalement. Les amendes sont exprimées en unités de sanction, et une unité vaut 5 euros. Une entreprise qui exerce des représailles encourt jusqu'à 2 800 unités, soit 14 000 euros. Faire obstacle à un signalement ou en effectuer un sciemment faux est passible de sa propre amende.
| Infraction | Particulier | Agent public | Entreprise |
|---|---|---|---|
| Représailles contre un lanceur d'alerte | 6 à 140 unités (30 à 700 euros) |
8 à 140 unités (40 à 700 euros) |
14 à 2 800 unités (70 à 14 000 euros) |
| Signalement sciemment faux | 6 à 140 unités (30 à 700 euros) |
s/o | s/o |
| Obstruction à un signalement | 3 à 70 unités (15 à 350 euros) |
4 à 70 unités (20 à 350 euros) |
7 à 1 400 unités (35 à 7 000 euros) |
Deux organismes appliquent les amendes. L'Inspection nationale du travail traite les représailles dans l'emploi et la fonction publique. La Police nationale traite le reste, ainsi que les faux signalements et l'obstruction. À côté de l'Irlande ou de l'Estonie, ces montants en euros paraissent modestes. La dissuasion la plus forte réside dans le code pénal, où divulguer l'identité d'un auteur de signalement constitue une infraction à part entière.
La loi lettone est atypique. Elle protégeait les lanceurs d'alerte des années avant que Bruxelles ne l'exige. Et elle ratisse plus large que ne le demande la directive, en couvrant toute atteinte à l'intérêt public. Ses amendes pécuniaires restent faibles à côté de celles de ses voisins. La véritable force est ailleurs. La divulgation d'une identité est une infraction, et un auteur de signalement qui respecte les règles en ressort à l'abri de toute action civile ou pénale. Pour un employeur, la tâche est claire : mettre en place un canal, désigner une personne responsable et garder le dossier scellé. Pour voir comment la Lettonie se compare au reste de l'Europe, lisez notre guide des lois sur les lanceurs d'alerte par pays.
Conseiller juridique en droit des affaires et propriété intellectuelle. Écrit sur la législation, la Directive de l'UE et les procédures de signalement.