Loi hongroise sur les lanceurs d'alerte "2023. évi XXV. törvény"
La loi XXV de 2023 est la loi hongroise sur les lanceurs d'alerte. Elle couvre les plaintes, les divulgations d'intérêt général et les règles de signalement des abus. Elle transpose la directive européenne 2019/1937 en droit hongrois. Elle s'applique depuis le 24 juillet 2023. Deux particularités la distinguent. Les entreprises peuvent confier le canal à un avocat spécialisé dans la protection des lanceurs d'alerte, et l'État ne prévoit aucune amende en cas de manquement.
Points clés
- Tout employeur comptant 50 salariés ou plus doit mettre en place un système de signalement interne.
- Un signalement peut emprunter trois voies. Un système interne, un organisme d'État ou le registre public du Médiateur.
- La Hongrie est le seul pays à autoriser un avocat spécialisé dans la protection des lanceurs d'alerte agréé à gérer le canal d'une entreprise.
- Si un salarié est sanctionné pour un signalement, c'est à l'employeur de prouver que le motif était autre.
- Ne pas mettre en place le canal n'entraîne aucune amende. Pourtant, toute représaille contre l'auteur du signalement est nulle.
Qui doit mettre en place un système de signalement interne ?
L'obligation commence à 50 personnes. Tout employeur comptant 50 salariés ou plus doit mettre en place un système interne de signalement des abus. Ce décompte inclut toute personne liée par une relation de travail. Il ne se limite pas aux salariés à temps plein. C'est le même seuil que celui fixé par la directive européenne.
« Un employeur qui emploie au moins 50 personnes dans le cadre d'une relation de travail doit mettre en place un système interne de signalement des abus. »
Article 18(1), loi XXV de 2023
Certaines entreprises doivent s'y conformer quelle que soit leur taille. L'effectif importe peu dans les secteurs à risque élevé. La liste comprend les entreprises soumises aux règles anti-blanchiment. Elle couvre aussi les exploitants offshore de pétrole et de gaz, ceux qui déclarent des événements de l'aviation civile, les armateurs et les prestataires de financement participatif. Ils doivent disposer du système même avec peu de personnel.
Les petites entreprises ont eu plus de temps et une option mutualisée. Les employeurs comptant 50 à 249 salariés avaient jusqu'au 17 décembre 2023 pour mettre en place le système. Ils peuvent aussi exploiter un système commun avec une autre entreprise. Cela en répartit le coût. Les organismes étatiques et locaux ont relevé de leur propre calendrier. Les règles pour les collectivités locales s'appliquent depuis le 1er janvier 2025.
Les trois voies qu'un signalement peut emprunter
La Hongrie ne s'appuie pas sur un canal unique. La loi construit trois voies distinctes pour signaler un abus. Chacune a son propre gardien. Un salarié peut rester au sein de l'entreprise. Il peut s'adresser à un organe de contrôle de son secteur. Ou il peut utiliser un système public géré par le Médiateur national.
| Voie | Qui la gère | Idéale pour |
|---|---|---|
| Système interne | L'employeur, ou un opérateur externe qu'il désigne | Les problèmes que l'entreprise peut résoudre elle-même |
| Systèmes étatiques distincts | Dix autorités désignées, comme la banque centrale et l'Autorité d'intégrité | Les signalements dans un secteur réglementé |
| Registre électronique public | Le Commissaire aux droits fondamentaux | Les divulgations d'intérêt général, même publiques |
Dix organismes d'État gèrent leurs propres systèmes. La loi les nomme un à un. Ils comprennent la Banque nationale de Hongrie et l'Autorité de la concurrence. Ils incluent aussi l'Autorité d'intégrité, l'autorité de protection des données, l'autorité des médias et l'autorité de l'énergie atomique. Toute personne peut signaler à ces systèmes. Chaque organisme doit revoir ses propres procédures tous les trois ans. Il transmet aussi des chiffres annuels au Médiateur, qui adresse une synthèse à la Commission européenne.
Le Médiateur tient un registre public. Le Commissaire aux droits fondamentaux exploite un système électronique protégé pour les divulgations d'intérêt général. Il attribue à chaque signalement un numéro unique. Il publie ensuite un résumé court et anonyme ainsi que l'état d'avancement du signalement, consultable par tous. Un auteur de signalement peut demander que ses données restent connues du seul Médiateur. Le système conserve les dossiers pendant cinq ans, puis les supprime.
L'avocat spécialisé dans la protection des lanceurs d'alerte, une invention hongroise
Ce rôle n'existe nulle part ailleurs dans l'UE. Une entreprise privée peut engager un avocat spécialisé dans la protection des lanceurs d'alerte pour recevoir et traiter ses signalements. Il s'agit d'un avocat investi d'un mandat strictement encadré. La loi dresse une cloison entre cette personne et l'entreprise qui la rémunère. Cela préserve l'indépendance des signalements.
Les règles entourant ce rôle sont strictes :
- l'avocat doit déclarer le mandat au barreau régional dans un délai de 15 jours, et le barreau inscrit ses coordonnées ;
- il ne peut accepter la mission s'il a eu un autre lien avec l'entreprise au cours des 5 dernières années ;
- il ne peut être rémunéré que par le client seul, jamais par quiconque d'autre ;
- il transmet à l'entreprise un extrait qui masque le nom de l'auteur du signalement, sauf accord écrit de ce dernier ;
- si un signalement met en cause un dirigeant, il doit en avertir aussitôt le conseil de surveillance ou le propriétaire.
L'avocat fait plus que recueillir les signalements. Il conseille juridiquement l'auteur du signalement sur la manière de le déposer. Il reste en contact et demande des précisions lorsque l'examen l'exige. Sur demande, il indique par écrit à l'auteur du signalement la suite donnée. Il doit aussi tenir ces dossiers à l'écart de ses autres activités juridiques.
« Le mandat de l'avocat spécialisé dans la protection des lanceurs d'alerte ne peut être révoqué qu'avec justification. La conduite licite de l'avocat spécialisé dans la protection des lanceurs d'alerte ne peut fonder la révocation du mandat par le client ni son refus de payer les honoraires convenus. »
Article 50(5), loi XXV de 2023
Comment met-on en place le système de signalement interne ?
Une personne ou une unité impartiale doit le gérer. L'employeur désigne quelqu'un qui agit en toute autonomie. Cette personne doit être à l'abri de toute pression. La mission peut aussi être confiée à l'avocat spécialisé dans la protection des lanceurs d'alerte ou à une autre entreprise externe. Quel que soit le gestionnaire, il doit préserver la confidentialité du nom de l'auteur du signalement à chaque étape.
Le système doit respecter quelques règles claires :
- accepter les signalements par écrit ou de vive voix, par téléphone ou en personne ;
- adresser à l'auteur du signalement un accusé de réception dans un délai de 7 jours ;
- examiner le signalement aussi vite que possible, et au plus tard dans un délai de 30 jours ;
- ne prolonger ce délai qu'avec un préavis, et jamais au-delà de 3 mois au total ;
- indiquer par écrit à l'auteur du signalement ce qui a été constaté et ce qui a été fait.
Les signalements oraux font l'objet d'un soin particulier. Un salarié peut appeler une ligne ou s'exprimer en personne. L'opérateur a alors deux possibilités. Il peut enregistrer l'appel, mais seulement après en avoir informé le salarié. Ou il peut rédiger un procès-verbal et en remettre une copie au salarié pour qu'il la vérifie et la signe. Dans les deux cas, la loi exige un compte rendu complet et fidèle.
WeMoral gère le canal interne à votre place. Il scelle chaque signalement de sorte que seul le gestionnaire que vous désignez puisse l'ouvrir. La loi autorise une entreprise privée à confier cette tâche à un avocat spécialisé dans la protection des lanceurs d'alerte ou à une autre entreprise externe. Notre logiciel de signalement à rôles remplit ce rôle d'opérateur externe aussi bien que votre propre responsable impartial. Il répond à ce que la 2023. évi XXV. törvény exige du système interne. Le journal horodaté qu'il conserve est la preuve sur laquelle vous vous appuyez si l'autorité du travail vérifie le fonctionnement du canal. Il s'exécute dans le navigateur, sans rien à installer. Vous pouvez donc ouvrir le canal interne en une journée.
Qui peut signaler, et quand peut-on rendre l'affaire publique ?
Le droit de signaler dépasse largement les effectifs salariés. Un salarié en poste peut utiliser le système interne. Il en va de même pour un ancien salarié et un candidat dont le recrutement a commencé. La loi y ajoute les travailleurs indépendants, les propriétaires et les membres du conseil d'administration. Elle inclut aussi les personnes travaillant pour les sous-traitants et fournisseurs de l'entreprise, ainsi que les stagiaires et les bénévoles.
Un signalement anonyme bénéficie tout de même d'une protection. Un salarié peut le déposer sans donner son nom. Si l'entreprise apprend plus tard son identité et le sanctionne, la protection joue tout de même. La même protection couvre quiconque aide l'auteur du signalement à le déposer.
La protection a toutefois des limites. Elle s'applique aux violations des textes européens énumérés dans la loi, comme la finance, l'environnement et la santé publique. Elle vise aussi les violations des sanctions de l'UE. Elle ne couvre pas les informations classifiées. Elle ne couvre pas non plus le secret médical ou le secret professionnel de l'avocat, le secret du délibéré, ni certaines activités de sécurité nationale.
Rendre l'affaire publique est un dernier recours, pas un blanc-seing. L'auteur du signalement n'est protégé lorsqu'il s'adresse à la presse ou au public que dans des cas précis. Les canaux officiels ont été utilisés en premier et rien n'a été fait à temps. Ou il existe un danger manifeste pour le public, comme un risque de préjudice irréversible. Ou l'auteur du signalement a un motif légitime de craindre des représailles ou une dissimulation.
De quelle protection bénéficie l'auteur d'un signalement ?
Les représailles contre un signalement licite sont purement et simplement interdites. Toute mesure qui nuit à l'auteur du signalement, prise en raison du signalement, est illicite. Cela vaut même lorsque la même mesure serait licite dans tout autre contexte. La seule exception est l'auteur qui ment sciemment.
« Toute mesure défavorable prise à l'encontre de l'auteur du signalement en raison du signalement est illicite, même si elle serait par ailleurs licite. »
Article 41(1), loi XXV de 2023
La liste des mesures interdites est longue et concrète. Elle couvre le licenciement, la suspension, la rétrogradation et le refus d'une promotion. Elle couvre aussi une baisse de salaire, une mutation, un refus de formation et une évaluation défavorable. La contrainte, le harcèlement, la mise à l'écart et l'inscription sur une liste noire en font aussi partie. De même que l'atteinte à la réputation ou au patrimoine de l'auteur du signalement. Même la menace de telles mesures compte.
L'auteur du signalement ne supporte pas la charge de la preuve. Il montre d'abord que le signalement était licite et qu'il a subi un préjudice. La loi présume ensuite que le préjudice constituait des représailles. C'est à la partie adverse de prouver qu'elle a agi pour un motif légitime qui lui est propre.
« La personne qui a pris la mesure défavorable supporte la charge de prouver que la mesure a été prise pour des motifs fondés et non en raison du signalement licite. »
Article 41(3), loi XXV de 2023
La protection va plus loin que le seul salarié. La loi protège le contenu du signalement. Elle dégage l'auteur du signalement de toute responsabilité pour l'avoir partagé. Elle offre une aide juridictionnelle de l'État. Elle protège aussi l'entourage de l'auteur du signalement. Un collègue ou un proche qui pourrait être sanctionné à sa place est également couvert. Un contrat ou une politique qui tenterait de faire renoncer à ces droits ne peut être invoqué en justice.
Que se passe-t-il si un employeur ignore la loi ?
La loi laisse une faille surprenante. L'autorité du travail vérifie si les entreprises respectent l'obligation de système interne. Pourtant, la loi la prive de ses outils les plus tranchants. Pour une violation de ces règles, elle ne peut pas infliger d'amende. Elle ne peut pas non plus interdire à l'entreprise d'exercer son activité. La plupart des États de l'UE fixent des plafonds d'amende de plusieurs centaines de milliers. La Hongrie n'en fixe aucun pour cette obligation.
| Obligation | Ce que la loi prévoit |
|---|---|
| Mettre en place un système interne | 50 salariés ou plus, ou toute taille dans les secteurs à risque élevé |
| Accuser réception d'un signalement | Dans un délai de 7 jours |
| Achever l'examen | 30 jours, 3 mois au maximum |
| Amende en l'absence de canal | Aucune |
| Représailles contre un auteur de signalement | Nulles, avec renversement de la charge de la preuve |
Ce sont les recours privés qui font tout le travail ici. Un salarié sanctionné peut faire annuler la mesure. Il peut aussi demander réparation du préjudice, aidé par le renversement de la charge de la preuve. L'équilibre joue dans les deux sens. Une personne qui signale de mauvaise foi, avec des données qu'elle sait fausses, perd toute protection. Ses coordonnées peuvent alors être transmises aux autorités.
La Hongrie a bâti l'un des dispositifs les plus élaborés d'Europe. Elle a doté les entreprises d'un avocat dédié sur lequel s'appuyer. Elle a doté le public d'un registre ouvert auprès du Médiateur. Puis elle a choisi de ne pas assortir l'obligation centrale d'une amende. Le poids retombe donc sur le salarié qui se manifeste. Il retombe aussi sur la question de savoir si les tribunaux donneront du mordant à l'interdiction des représailles. Pour voir comment cela s'inscrit dans le tableau d'ensemble, parcourez notre liste des lois sur les lanceurs d'alerte par pays.
Conseiller juridique en droit des affaires et propriété intellectuelle. Écrit sur la législation, la Directive de l'UE et les procédures de signalement.