Loi croate sur les lanceurs d'alerte "NN 46/2022"
La Croatie protège les lanceurs d'alerte au moyen d'une loi au nom limpide. La loi sur la protection des personnes signalant des irrégularités (NN 46/2022) confie les signalements externes au Médiateur de la République. Elle laisse les salariés choisir la personne qui reçoit les signalements au sein de l'entreprise. Et depuis une réforme de 2025, elle peut sanctionner une société d'une amende pouvant atteindre 100 000 euros. Voici comment ces règles fonctionnent.
À retenir
- Les entreprises de 50 salariés ou plus doivent mettre en place un canal de signalement interne.
- Le Médiateur de la République est l'unique autorité publique chargée des signalements externes.
- Les salariés désignent la personne de confiance qui traite les signalements au sein de l'entreprise.
- Une réforme de 2025 a porté l'amende maximale d'environ 6 600 euros à 100 000 euros.
- Si un lanceur d'alerte est sanctionné, c'est à l'employeur de prouver qu'il ne s'agissait pas de représailles.
Qui la loi protège-t-elle, et qu'entend-on par irrégularité ?
La loi protège toute personne qui signale une irrégularité dont elle a connaissance dans le cadre de son travail. Une irrégularité est un acte ou une omission illicite se rattachant aux domaines que la loi énumère. Cela commence par les violations du droit de l'Union, des marchés publics et des services financiers à la sécurité des produits, l'environnement et la protection des données. Mais la Croatie est allée plus loin que ce que demande la directive. Elle couvre aussi les manquements aux règles nationales qui mettent en péril l'intérêt général.
« La présente loi institue une protection pour les personnes qui signalent des irrégularités ... en lien avec d'autres dispositions du droit national lorsqu'un tel manquement met également en péril l'intérêt général. »
Article 4, paragraphe 1, point d) de la loi sur la protection des personnes signalant des irrégularités
La protection s'étend à une longue liste de personnes. Elle couvre les salariés et les travailleurs indépendants. Elle couvre les actionnaires, les membres des organes d'administration, les bénévoles et les stagiaires, rémunérés ou non. Elle s'étend aux entrepreneurs, aux sous-traitants et aux fournisseurs. Elle couvre même un candidat à un emploi qui a eu connaissance d'un manquement lors de son recrutement, ainsi qu'un salarié dont le contrat a déjà pris fin. Les facilitateurs et les proches sont protégés eux aussi, car ils peuvent subir des représailles à cause du signalement d'autrui.
La loi a son propre mot pour désigner l'auteur du signalement. En croate, il s'agit d'un prijavitelj nepravilnosti, une personne signalant des irrégularités, et non du terme familier « zviždač ». Le signalement doit naître d'un contexte professionnel, le type de cadre où la personne pourrait subir des représailles pour avoir parlé. Quelques matières restent hors du champ de la loi, comme les informations classifiées, le secret professionnel de l'avocat, le secret médical et les règles de la procédure pénale.
Qui doit mettre en place un système de signalement interne ?
L'obligation pèse sur tout organisme public. Elle pèse aussi sur les entreprises privées comptant 50 salariés ou plus. Dans certains domaines, la taille n'entre pas en ligne de compte. Une entreprise dans la finance, la lutte contre le blanchiment, la sécurité des transports ou un autre secteur de l'Union énuméré doit mettre en place un canal quel que soit son effectif. Les entreprises plus petites peuvent en gérer un volontairement. Le seuil de 50 salariés est donc le principal déclencheur, mais les secteurs énumérés le supplantent.
La loi répartit la charge là où elle le peut. Les entreprises privées comptant 50 à 249 salariés peuvent mettre en commun leurs ressources. Elles peuvent désigner une seule personne de confiance pour recevoir les signalements de l'ensemble du groupe. Les communes peuvent procéder de la même façon. Les premiers employeurs ont dû agir vite. La loi est entrée en vigueur le 23 avril 2022. Une entreprise disposait de deux mois pour adopter ses règles de signalement, et de trois mois pour désigner une personne de confiance.
Comment mettre en place le canal interne et désigner la personne de confiance ?
Le cœur du dispositif interne est la personne de confiance (povjerljiva osoba). Elle reçoit chaque signalement, échange avec le lanceur d'alerte et mène les démarches qui assurent la sécurité de l'auteur du signalement. La particularité tient à qui la choisit. Ce sont les salariés. L'employeur désigne la personne de confiance sur proposition du comité d'entreprise, d'un syndicat, ou d'au moins 20 % des salariés.
« L'employeur désigne une personne de confiance et un suppléant ... sur proposition du comité d'entreprise ... ou d'au moins 20 % des salariés employés par l'employeur. »
Article 20 de la loi sur la protection des personnes signalant des irrégularités
Le choix n'appartient pas à l'employeur seul. La personne de confiance et son suppléant doivent donner leur consentement écrit. L'employeur ne peut pas faire pression sur eux ni orienter la manière dont ils traitent un signalement. Ce n'est que si les salariés ne proposent aucun nom que l'employeur choisit de lui-même. Une fois un signalement reçu, le compte à rebours s'enclenche. La personne de confiance doit en accuser réception dans un délai de 7 jours. Elle doit donner un retour à l'auteur du signalement en règle générale sous 30 jours, et jamais au-delà de 90.
WeMoral installe la personne de confiance désignée par vos salariés derrière une boîte de réception chiffrée unique, et elle seule peut ouvrir un signalement. L'outil tient le registre courant qu'exige l'article 18, chaque entrée étant horodatée. Il respecte la loi croate sur les lanceurs d'alerte et se livre sous forme de logiciel de signalement prêt à l'emploi, sans rien à développer. La loi permet aussi à une entreprise de désigner une personne externe comme responsable de confiance, et WeMoral peut occuper cette place. Lorsque le Médiateur examine un dossier, c'est ce registre horodaté que vous présentez. Vous pouvez mettre en place le canal interne en une journée.
Que se passe-t-il lorsque vous signalez au Médiateur ?
La voie externe passe par un seul bureau. La Croatie a désigné le Médiateur de la République (pučki pravobranitelj) comme autorité chargée des signalements externes. Un lanceur d'alerte peut s'y adresser après le canal interne, ou directement. Le Médiateur accuse réception sous 7 jours. Il examine les allégations de représailles, transmet l'affaire à l'organe compétent pour agir, et ne dévoile pas le nom de l'auteur du signalement lors de cette transmission. Vous pouvez consulter les règles du canal sur le site du Médiateur lui-même.
La réforme de 2025 a élargi la porte d'entrée. Auparavant, un signalement adressé directement à la police ou au parquet (DORH) se trouvait dans une zone grise. La loi modifiée est claire. Une personne qui signale une irrégularité directement à ces autorités bénéficie désormais de la même protection que celle qui s'adresse au Médiateur. La réforme a également étendu la portée de la loi à la criminalité économique, à la corruption et au détournement de fonds, et l'a alignée sur des actes plus récents de l'Union.
La divulgation publique est l'ultime recours, et la loi l'encadre. Un lanceur d'alerte ne conserve sa protection pour une divulgation publique que dans quelques cas. Le premier est celui où la voie interne ou externe n'a pas agi à temps. Il peut aussi exister un danger imminent pour l'intérêt général. Ou bien l'auteur du signalement a de bonnes raisons de craindre des représailles, ou de douter qu'un signalement externe serve à quelque chose.
De quelle protection les lanceurs d'alerte bénéficient-ils ?
La loi interdit purement et simplement les représailles. Un employeur ne peut pas exercer, tenter d'exercer ou menacer d'exercer des représailles contre un lanceur d'alerte, ses facilitateurs ou la personne de confiance. La loi énumère quinze formes de représailles. Elles vont du licenciement et de la rétrogradation à une baisse de salaire, une mutation forcée, une mauvaise référence, le retrait d'une autorisation, et même l'injonction de se soumettre à un examen psychiatrique.
« L'employeur ne doit pas exercer, tenter d'exercer ou menacer d'exercer des représailles contre le lanceur d'alerte, les personnes liées, ou la personne de confiance et son suppléant. »
Article 9 de la loi sur la protection des personnes signalant des irrégularités
La protection s'accompagne d'un véritable soutien. Un lanceur d'alerte a le droit de garder son identité secrète. Seule la personne chargée du signalement peut voir le nom, et la loi n'autorise sa divulgation que lorsqu'un tribunal ou une enquête l'exige, après notification préalable. L'auteur du signalement a également droit à une aide juridictionnelle primaire gratuite et à un soutien psychologique, une aide que la loi consacre à part entière. L'indemnisation complète la liste.
Le recours au tribunal et les voies de réparation
Un lanceur d'alerte sanctionné peut agir en justice selon une procédure accélérée, et il ne paie aucuns frais de justice. Il peut demander au tribunal de faire cesser les représailles, d'en effacer les effets et d'accorder une indemnisation. Le tribunal peut même ordonner la publication de son jugement dans les médias aux frais de l'employeur. La loi fait aussi pencher le dossier en faveur de l'auteur du signalement, puisqu'elle présume que le préjudice découle du signalement.
« Il est présumé que le préjudice résulte de représailles ... la personne qui a accompli l'acte ou l'omission doit prouver qu'il reposait sur des motifs justifiés. »
Article 31 de la loi sur la protection des personnes signalant des irrégularités
Le tribunal peut statuer rapidement sur une mesure provisoire, dans un délai de huit jours à compter de la demande. La réforme de 2025 a aussi resserré le calendrier plus large. Elle a fixé un délai de 15 jours pour répondre à une action et un objectif de six mois pour clôturer une affaire en première instance. Le Médiateur, ou une association de lutte contre la corruption, peut se joindre à l'affaire aux côtés du salarié, mais uniquement avec le consentement du lanceur d'alerte.
Combien coûte une violation de la loi ?
Le prix d'une violation de la loi a fortement augmenté en 2025. Le texte initial de 2022 plafonnait les amendes, libellées en kunas, à environ 6 600 euros. La réforme a redéfini les amendes en euros et relevé le plafond à 100 000 euros pour une société. Le Médiateur peut engager les poursuites. Les chiffres ci-dessous proviennent du texte en vigueur de la loi.
| Manquement (article) | Amende |
|---|---|
| Absence de canal, de personne de confiance ou de politique (art. 35) | 2 000 à 8 000 € pour une société ; 1 000 à 3 000 € pour la personne responsable |
| Entrave à un signalement, révélation de l'identité d'un auteur de signalement ou représailles (art. 36) | 5 000 à 100 000 € pour une société ; 600 à 6 000 € pour la personne responsable |
| Dépôt d'un signalement sciemment mensonger (art. 37) | 600 à 4 000 € pour un particulier |
| Violation de la confidentialité en tant que personne chargée du signalement (art. 38) | 600 à 4 000 € |
Pendant trois ans, la loi croate a porté une amende qu'une grande entreprise pouvait traiter comme une erreur d'arrondi. La réforme de 2025 a changé le calcul. Une société qui révèle l'identité d'un lanceur d'alerte ou qui l'évince risque désormais 100 000 euros. L'autre versant du dispositif attire moins l'attention, et pourtant il en dit peut-être davantage. La personne qui reçoit les signalements au sein d'une entreprise croate n'est pas le choix de l'employeur. Ce sont les salariés qui proposent le nom. Une loi qui confie ce choix au personnel parie que la confiance dans un canal commence par celui qui se trouve à l'autre bout. Pour voir comment la Croatie se situe par rapport au reste de l'Union, notre liste des lois sur les lanceurs d'alerte par pays les met côte à côte.
Conseiller juridique en droit des affaires et propriété intellectuelle. Écrit sur la législation, la Directive de l'UE et les procédures de signalement.